Qu’est-ce qui motive les gens à prendre et à publier des selfies sur les médias sociaux ?

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Par Dre Marie-Anne Sergerie, Ph.D., psychologue spécialisée en cyberdépendance et nouvelles technologies

En 2015, 73% des adultes québécois utilisaient les médias sociaux. Les plus grands utilisateurs sont les adultes âgés de 18 à 44 ans (environ 91%; CEFRIO, 2016). À chaque jour, on estime qu’approximativement 93 millions de selfies sont capturés par l’entremise de téléphones intelligents. Les femmes et les jeunes adultes seraient plus susceptibles de prendre des selfies. En effet, selon des données américaines, 98% des jeunes adultes âgés de 18 à 24 ans prendraient des selfies.

Qu’est-ce qu’un selfie ? Un selfie est une photographie de soi (autoportrait photographie) prise par soi-même, habituellement dans le but d’être partagée dans les médias sociaux. Les selfies sont généralement pris avec un téléphone intelligent, une caméra numérique ou une tablette. En français, on utilise fréquemment le terme égoportrait, qui accole cependant une étiquette plutôt négative.

Qu’est-ce qui motive les gens à se prendre en photo et à publier leurs selfies sur les réseaux sociaux ?

Il y aurait 4 grandes motivations à publier des selfies : 1) la recherche d’attention, 2) la communication, 3) l’archivage et 4) le divertissement.

La recherche d’attention

Les médias sociaux sont une plateforme par excellence pour les personnes qui recherchent la validation et l’approbation des autres. Les médias sociaux permettent de publier facilement et rapidement du contenu à propos de soi : mises à jour du profil ou du statut, publication de messages sur les murs, etc. Les selfies n’y échappent pas! Ils permettent d’exposer facilement ses intérêts et ses valeurs. Les réactions (« J’aime » ou « Like ») ou les commentaires positifs reçus lors de la publication d’un selfie peuvent, pour certains, être une façon d’obtenir de la validation sociale. Toutefois, il importe de rester prudent afin d’éviter que les selfies ne deviennent l’unique source de gratification! Dans ce cas, le risque est que le niveau d’estime de soi de l’usager (c’est-à-dire la valeur personnelle qu’il s’attribue) repose uniquement sur les rétroactions obtenues pour la publication de ses selfies.

La communication

Les selfies ont un caractère très personnel et permettent de communiquer facilement avec les autres usagers, de façon directe (par l’entremise des commentaires) et indirecte (par les réactions, les « J’aime » ou émoji). Par la publication d’un selfie, un autre usager peut entamer une brève conversation en émettant des commentaires. Les femmes seraient plus susceptibles de répondre à leurs besoins sociaux en procédant de cette façon.

L’archivage

Les appareils mobiles sont maintenant dotés d’appareils photos de plus en plus performants et facilitent la publication en ligne. De leur côté, les médias sociaux permettent d’archiver facilement du contenu dans un espace public. Certains usagers vont donc prendre des selfies ou des photos et les publier sur les médias sociaux afin de documenter des occasions ou des événements spéciaux dans leurs vies.

Le divertissement

Certains usagers vont prendre et publier des selfies sur les médias sociaux afin de se divertir. Leur motivation est souvent d’avoir du plaisir et d’éviter l’ennui. En soi, si cette pratique est occasionnelle, il n’y a pas de problème. Par contre, si la publication de selfies devient la principale façon de se divertir, il y a lieu de s’interroger.

Est-ce un problème de prendre et de publier des selfies ?

Prendre et publier des selfies n’est pas un problème en soi. Les selfies sont un phénomène culturel propre au monde d’aujourd’hui. Ils sont aussi une nouvelle façon de communiquer, de partager et de s’exprimer. Les problèmes se manifestent habituellement dans les excès (la fréquence et le nombre de selfies) et dans la fonction du comportement (ce qui me motive à le faire, ce que le comportement me procure, les besoins qu’il comble).

Les adolescents sont particulièrement friands des selfies. Ils sont aussi plus susceptibles de rechercher à sélectionner la photo idéale et ont tendance à se dévoiler plus facilement. À un stade de développement où les ados sont en pleine construction de leur identité, une réflexion avec eux s’avère nécessaire pour les outiller à faire face à ces nouveaux phénomènes et à adopter une utilisation responsable.

Sources.

CEFRIO. (2016). Les médias sociaux : plus présents dans le processus d’achat des Québécois.

Dhir, A., Pallesen, S., Thorsheim, T. & Andreassen, C. S. (2016). Do age and gender differences exist in selfie-related behaviours? Computers in Human Behavior, 63, 549-555.

Sung, Y., Lee, J-A, Kim, E. & Choi, S. M. (2016). Why we post selfies: Understanding motivations for posting pictures of oneself. Personality and Individual Differences, 97, 260-265.

Facebook : quels sont les types d’usagers ?

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Par Dre Marie-Anne Sergerie, Ph.D., psychologue

Les médias sociaux intègrent à la fois les technologies, les interactions sociales et la création de contenus. Les médias sociaux regroupent une grande variété de sites ou d’applications comme les réseaux sociaux (Facebook), les microblogues (Twitter) ou encore les sites de partage de photos ou de vidéos (Instagram, YouTube).

Facebook est sans conteste le site de réseautage social le plus populaire. En juin 2016, il comptait en moyenne plus de 1,13 milliard d’usagers actifs par jour. Avec cette immense popularité, de nombreux chercheurs dans le domaine de la psychologie et des sciences sociales se sont intéressés à Facebook afin de mieux comprendre le comportement de ses usagers.

De récentes données scientifiques révèlent deux types d’usagers de Facebook : les usagers passifs et les usagers actifs. Les usagers passifs consultent ou surveillent la vie des autres usagers en regardant leurs profils. Les usagers actifs sont ceux qui interagissent avec d’autres contacts sur Facebook. Leurs interactions peuvent être publiques (les communications s’effectuent dans un environnement public entre tous les contacts) ou encore privées (les communications s’effectuent dans un environnement privé, confidentiel et sécuritaire avec des contacts ciblés). Les interactions publiques permettent de communiquer avec un plus large réseau de contacts avec qui les liens sont plus faibles tandis que les interactions privées sont effectuées dans les cercles d’amis plus restreints où les liens sont plus solides et étroits.

De façon générale, les communications actives réduiraient le sentiment de solitude et favoriseraient le bien-être. Toutefois, il serait possible d’observer des effets néfastes aux communications actives dans un environnement en ligne public (par exemple, lors des mises à jour du statut). En effet, le ton et la fréquence des rétroactions (commentaires) à la suite d’une publication auraient un impact sur le bien-être et l’humeur, notamment chez les adolescents. Ainsi, l’absence de rétroaction pourrait être perçu comme un signe de rejet ou d’exclusion. La publication de nombreux commentaires négatifs serait également néfaste.

En ce qui concerne l’usage passif de Facebook (i.e. consulter le profil des autres), les données montrent que certaines personnes, notamment les femmes et les adolescents, seraient plus sujettes aux effets néfastes de l’utilisation passive de Facebook. Dans les interactions sur les réseaux sociaux, il est très facile de savoir ce que les autres font et d’avoir des informations sur eux. Selon la théorie de la comparaison sociale (Fertinger, 1954), les individus tendent à se comparer aux autres (par exemple, à propos de leurs opinions ou de leurs capacités) afin de savoir où ils se situent et d’évaluer leur propre valeur. Ainsi, la comparaison avec les autres permet de s’évaluer soi-même afin de s’améliorer. Les réseaux sociaux peuvent donc devenir un moyen de s’évaluer et de se comparer à travers le profil des autres usagers. Le contenu affiché sur les profils optimise souvent la présentation de soi en illustrant des expériences positives qui favorisent une impression de bien-être. Pour une personne qui tend à se comparer aux autres, elle peut donc avoir l’impression que les autres sont plus heureux qu’elle, ce qui entraîne inévitablement des émotions désagréables. Il semblerait que les femmes auraient tendance à utiliser davantage les sites de réseautage social pour se comparer aux autres.

Enfin, malgré ces inconvénients, les usagers qui possèdent un réseau social développé hors ligne ont plusieurs bénéfices à utiliser les réseaux sociaux en ligne. En effet, à travers l’utilisation des réseaux sociaux, ils peuvent plus facilement consolider et maintenir leurs relations existantes, ce qui aurait un impact favorable sur la perception du soutien social.

 

Sources.

Frison, E. & Eggermont, S. (2016). Exploring the relationships between different types of Facebook use, perceived online social support, and adolescents’ depressed mood. Social Science Computer Review, 34(2), 153-171.

Facebook Statistics. http://newsroom.fb.com/company-info/

Documentaire :: Digital detox :: Comment j’ai vécu 90 jours sans Internet

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Par Dre Marie-Anne Sergerie, Ph.D., psychologue

Le documentaire Digital Detox relate l’expérience de Pierre-Olivier Labbé, un journaliste qui, pendant 90 jours, s’est déconnecté d’Internet. Le journaliste se décrit comme un « phubber », c’est-à-dire une personne connectée en permanence à Internet. Comment travailler, se déplacer, échanger, s’informer ou communiquer sans utiliser les technologies ? Un réel défi, alors que la technologie mobile est omniprésente au quotidien. Comment y parviendra-t-il ? Un documentaire intéressant qui suscite des réflexions à propos de notre utilisation d’Internet et des technologies.

Pour visionner le documentaire :

http://digitaldetox.canalplus.fr/

http://telequebec.tv/documentaire/digital-detox/

Magazine Véro :: Noël 2015

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J’ai eu l’occasion d’être interviewée par Karine Vilder du Magazine Véro. Dans l’édition Noël 2015, elle y a publié un article intitulé « Le téléphone intelligent, y sommes-nous accros ? » Mes propos par rapport à l’utilisation du téléphone intelligent y sont rapportés. À lire!

Dre Marie-Anne Sergerie, Ph.D., psychologue

Banc Public – L’impact des écrans

Par Dre Marie-Anne Sergerie, Ph.D., psychologue

L’émission Banc Public à Télé-Québec a diffusé un topo sur l’impact des écrans dans nos vies. J’ai eu la chance d’y participer pour parler de la cyberdépendance. Dominic Arpin livre également un intéressant témoignage sur son utilisation des technologies. À voir!

Pour visionner le reportage : http://bancpublic.telequebec.tv/emissions/emission-2/22768/impact-des-ecrans-partie-1

Êtes-vous dépendant à votre téléphone intelligent ?

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Vous sentez-vous obligé de répondre ou de vérifier lorsque votre téléphone intelligent sonne, vibre ou lorsque vous recevez une notification ? Ressentez-vous un malaise si vous oubliez votre téléphone intelligent, s’il est brisé ou si le réseau est en panne ? À table, votre téléphone intelligent est-il toujours présent ? Dormez-vous régulièrement avec votre téléphone intelligent ? Répondez-vous aux textos, aux courriels, aux tweets ou aux messages sur Facebook peu importe l’heure et ce, même si vous devez interrompre la tâche que vous faites ? Passez-vous de plus en plus de temps sur votre téléphone intelligent ? Perdez-vous la notion du temps lorsque vous êtes sur votre téléphone intelligent ? Si oui, il est temps de vous interroger à propos de votre utilisation !

Les internautes québécois passent en moyenne 22,2 heures à naviguer sur le web, dont 7,2 heures à partir d’un appareil mobile. De plus, 57,1 % des adultes québécois ont accès à au moins un téléphone intelligent dans leur foyer (CEFRIO, 2015). Mais comment savoir si l’utilisation de son téléphone intelligent est un problème ?

Qu’est-ce que la dépendance aux technologies mobiles ?

La dépendance aux technologies mobiles (comme les téléphones intelligents ou les tablettes numériques) se traduit par l’utilisation excessive de ces technologies qui entraîne différents symptômes comme :

  • des pensées obsessives et des préoccupations face à son utilisation;
  • une envie irrésistible d’utiliser l’appareil pour se brancher, répondre, consulter ou vérifier le contenu ou les messages;
  • des symptômes de manque qui se manifestent par de l’irritabilité, de la colère, de l’anxiété ou de l’ennui lorsque l’accès est impossible;
  • une augmentation de la fréquence et du temps d’utilisation pour ressentir de la satisfaction;
  • une incapacité à réduire ou cesser son utilisation;
  • une perte d’intérêt ou de motivation pour les autres activités hors ligne.

Le questionnaire ci-dessous permet d’identifier les éléments d’une utilisation problématique du téléphone intelligent. Le questionnaire peut se répondre sur une échelle de 1 à 6 (Fortement en désaccord à Fortement en accord) ou par Vrai ou Faux.


Échelle de l’utilisation problématique du téléphone intelligent – Revisée (Traduction libre) (Problematic smartphone use scale – Revised [PSUS-R]; Valderrama, 2014)

  1. Je peux oublier mes problèmes (ex. anxiété, inquiétude, stress) en utilisant mon téléphone intelligent.
  2. La fréquence et la durée de l’utilisation de mon téléphone intelligent ne cesse de s’accroître.
  3. J’ai tenté de réduire le temps d’utilisation de mon téléphone intelligent, sans y parvenir.
  4. Je suis préoccupé(e) par l’envie d’utiliser mon téléphone intelligent.
  5. Je me place dans des situations à risque en raison de l’utilisation de mon téléphone intelligent.
  6. J’ai de la difficulté à me concentrer quand je ne suis pas capable d’avoir accès à mon téléphone intelligent.
  7. Je me retrouve à vouloir utiliser mon téléphone intelligent alors que je n’ai pas de raison de l’utiliser.
  8. J’ai besoin d’utiliser mon téléphone intelligent plus longtemps et plus souvent pour me sentir satisfait(e).
  9. Les autres ont déjà été agacés ou dérangés par l’utilisation de mon téléphone intelligent.
  10. Utiliser mon téléphone intelligent m’apaise.
  11. Je suis anxieux (anxieuse) ou irritable quand je n’ai pas accès à mon téléphone intelligent.
  12. J’ai mis en péril mon rôle au travail, à l’école ou dans ma vie personnelle en raison de l’utilisation de mon téléphone intelligent.
  13. J’ai succombé lors de mes tentatives pour réduire l’utilisation de mon téléphone intelligent.
  14. Je suis fâché(e) ou mécontent(e) quand je suis dans une situation où je ne peux pas utiliser mon téléphone intelligent.
  15. Les autres m’ont dit que l’utilisation de mon téléphone intelligent est un problème.
  16. Obtenir de l’information par l’entremise de mon téléphone intelligent est plus agréable que d’y avoir accès par un autre moyen.
  17. De plus en plus de mon temps libre est consacré à l’utilisation de mon téléphone intelligent.
  18. Lorsque je tente de réduire l’utilisation de mon téléphone intelligent, je finis par revenir à mon niveau précédent d’utilisation.
  19. J’utilise mon téléphone pour me sentir mieux quand je suis en colère ou inconfortable.

Comment décrocher ?

Si votre utilisation des technologies mobiles vous affecte et entraîne des difficultés dans vos relations, à votre travail ou dans vos études, il est possible d’apporter des changements. L’idée n’est pas de ne plus utiliser complètement votre téléphone intelligent ou votre tablette, mais plutôt de développer une utilisation qui soit responsable. Voici donc quelques trucs.

  • Observer son utilisation pour bien la connaître : Combien de temps passez-vous en ligne ? Combien de fois par jour prenez-vous votre téléphone intelligent ? Quels sont les contextes où vous utilisez le plus souvent votre téléphone ? Comment vous sentez-vous lorsque vous êtes en ligne ? Pour vous aider dans vos réflexions, vous pouvez compléter une fiche d’auto-observation.
  • Changer certaines configurations des appareils :
    • Vous pouvez changer la configuration de votre téléphone afin que la fréquence des courriels soit moins élevée (ex. aux 30 minutes ou en mode « récupération manuelle » qui implique que les messages soient reçus au moment où vous choisissez de les récupérer plutôt qu’en mode « push-mail » où les messages sont reçus instantanément).
    • Vous pouvez également désactiver les alarmes, alertes et notifications des applications. Les distractions contribuent à réduire de l’attention. Si vous effectuez une tâche qui nécessite de la concentration, il est donc primordial de ne pas être dérangé et distrait pour rester productif !
  • Prévoir des moments pour décrocher et fixer des balises face à son utilisation :
    • Éviter de répondre ou de vérifier systématiquement l’appareil lorsqu’il sonne ou vibre. Vous n’avez pas l’obligation d’être rejoint  partout, en tout temps. La priorité n’est pas toujours de répondre immédiatement. La priorité peut être de terminer la tâche ou l’activité que vous êtes en train de faire.
    • Éviter de consulter son téléphone à table ou lors des discussions avec les autres.
    • Éviter de passer de longues périodes de temps en ligne avant d’aller dormir.
    • Éviter de dormir avec son appareil.

Changer quelques éléments dans votre utilisation peut suffire à faire toute la différence !

Sources.

CEFRIO. (2015). NETendances : Équipement et branchement Internet des foyers québécois en 2015

Valderrama, J. A. (2014). Development and validation of the Problematic Smartphone Use Scale. Dissertation submitted in partial fulfillment of the requirements for the Degree of Doctor of Psychology, Alliant International University, San Francisco.

Photos intimes : Choisis ton histoire – Jeunesse, J’écoute

L’organisme Jeunesse, J’écoute a développé un magnifique petit jeu interactif pour sensibiliser les jeunes au sextage (sexting). Photos intimes est un jeu de prise de décisions qui permet aux jeunes d’explorer différentes conséquences reliées à l’envoi ou au partage de sextos, c’est-à-dire de messages à caractère sexuel échangés par l’entremise des nouvelles technologies. Le jeune peut explorer différents scénarios et obtenir des informations fiables et valides sur le sujet. Une belle expérience qui peut également mener à des échanges entre les parents et les enfants!